L’origine de nos falaises: histoire et géologie

par Denis Paquette et Anne Aumont

Le massif des falaises renferme une flore particulière due à plusieurs facteurs dont la géologie des lieux, la présence d’escarpements (FIGURE A) et d’éboulis de graviers fins (FIGURE B). Ces facteurs ont contribué au maintien de plantes exceptionnelles depuis plus de 8000 ans.
Escarpement

Figure A

Éboulis

Figure B

Et si on retournait dans le temps, pour comprendre l’origine de ces facteurs qui caractérisent le massif des falaises et le rend si exceptionnel ?

Sur une échelle de temps géologique, la Terre s’est formée il y a 4,5 milliards d’années. Puis, il y a 1 milliard d’année, la Terre rassemblait tous les continents les uns contre les autres pour former une seule entité (Figure C.1 et C.2 ). Toutefois, les plaques tectoniques se sont mises en mouvement et ont déplacé d’immenses masses rocheuses pour engendrer les continents tels qu’on les connait aujourd’hui.

 

Sur la carte géologique du Québec, on peut observer quatre zones principales correspondant à différentes périodes géologiques (Figure_D). Le massif de Prévost-Piedmont est caractérisé par la période Mésoprotérozoïque (en orangé), ayant existé il y a 1,5 à 1,0 milliards d’années dans le passé (appelé le Grenville). Par la suite, des glaciers ont recouvert notre continent. Conséquemment au dernier bouleversement, il y a 20 000 ans, le poids du glacier du Wisconsin d’environ 2 km d’épaisseur, a fait enfoncer le continent amenant ainsi l’emplacement de Montréal à se situer à 120 mètres sous le niveau de la mer (Figure E).

 

Durant une longue période, une suite de refroidissements et de réchauffements de la planète a fortement modulé notre paysage. Après la dernière fonte des glaces, il y a environ 11 600 ans, l’eau salée s’y est alors déversée pour combler cet immense trou, ayant pour centre le sud du Québec; Prévost se situait alors sur le rivage nord de la Mer de Champlain (Figure F). Libéré du poids des glaces, le continent est remonté, en dégageant des escarpements, des éboulis et répandu de l’argile et autres sédiments laissés par la Mer de Champlain (Figure G).

 

Légende Figure D

  • Mésoprotérozoïque 1,5 à 1,0 milliards d’années
  • Paléoprotérozoïque 2,5 à 1,5 milliard d’années
  • Archéen 4,03 à 2,5 milliards d’années
  • Calcaire 0.5 milliard d’années

 

FigureC

Figure C.1

FigureC_2

Figure C.2

prov_géo1

Figure D

glaciation

Figure E

MdChamplain

Figure F

Mer de Ch.

Figure G

Auparavant, lorsqu’un immense glacier recouvrait tout le continent nord-américain, des plantes des montagnes Rocheuses ont pu migrer sur le front glaciaire pour parvenir jusque dans l’Est du continent. Suite au retrait des glaciers, les forêts ont envahi le sud du Québec, laissant seulement quelques endroits découverts comme les falaises où les arbres ne parvenaient pas à s’établir. Les montagnes Rocheuses sont formées de roches calcaires de sorte que des plantes dites calcicoles, surtout celles exigeant le plein soleil, ont pu subsister en restant accrochées aux parois de nos falaises.

Par contre, nos falaises formées durant le Mésoprotérozoïque, sont constituées de roches inertes qui procurent très peu d’éléments minéraux essentiels pour les plantes qui les recouvrent. Les botanistes s’accordent pour dire que les Laurentides en général, sont un endroit très pauvre en diversité végétale si on la compare à la région calcaire du sud du Québec. En dépit de cette pauvreté, la nature a incrusté parmi les roches de Prévost, des cristaux de carbonate de calcium (craie) qu’on peut observer le long des failles de nos falaises. La pluie fait ressortir ce calcium, élément essentiel aux plantes dites calcicoles en les nourrissant en hydroponique, pour ainsi dire ( photo ci-contre).

Cette présence exceptionnelle de calcium qui nourrit certaines plantes calcicoles des montagnes de l’Ouest canadien est un trésor, car nous trouvons ces caractéristiques en bien peu d’endroits, comme à Eardley (massif au nord de Gatineau), dans Charlevoix et aussi au Bic, dans le Bas Saint-Laurent. Nulle part ailleurs au nord de Montréal, on ne retrouve ces caractéristiques. Voilà pourquoi nous observons des plantes rares dans nos falaises.

Alors pourquoi ne retrouvons-nous pas ces plantes partout dans la région de Montréal qui est bâtie sur un socle calcaire ? Eh bien, des forêts ont recouvert cette région et ont fait fuir les plantes qui exigent le plein soleil pour croitre. Cependant, les escarpements et les éboulis ont toujours empêché l’implantation d’une forêt normale créant ainsi un milieu ouvert en permanence, et ce, depuis le retrait des glaciers.

Le flanc sud du massif et les éboulis de l’escarpement principal ont favorisé un microclimat qui assure la survie d’une flore typique des montagnes Rocheuses.

Nous nous devons de préserver cette zone et de la mettre à l’abri des perturbations afin de conserver ces trésors de rareté.

La Réserve naturelle Alfred-Kelly a été créé dans ce but et assure la pérennité de cette richesse, préservée pour les générations futures.

Plantes rares du massif des Falaises